Travailleurs en tête, travailleurs en fête!

Un groupe de huit travailleuses et travailleurs posent pour le photographe à l'occasion du 1er mai.

photo: ©2016 Simon Martel

J’aime mon travail quand…
Il est l’occasion d’une relation utile et réciproque avec ma communauté
Dans un échange loyal, empreint d’humanité.

J’aime mon travail quand…
Il me permet de prendre une place significative dans mon milieu
Tout en me procurant un revenu décent pour vivre dignement.

J’aime mon travail quand…
Il fait appel à tout mon potentiel et à ma singularité
Sans toutefois abuser de mes forces et de ma vitalité.

J’aime mon travail quand…
Il est l’expression et le reflet de mes valeurs fondamentales
Dans le plus grand respect de mes droits et libertés.

En ce 1er mai, célébrons la Fête internationale des travailleuses et des travailleurs!
Reconnaissons leurs contributions essentielles à la richesse de la société!

©2016 tous droits réservés Nicole Blanchard


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Les vacances : l’autre versant du travail

Parents et amis se détendent dans la cour par une belle journée d'été!

photo: ©2014 Simon Martel

Pourquoi avons-nous tellement hâte aux vacances? Tout simplement, parce que nous travaillons! Cette évidence démontre que le travail s’inscrit dans un rythme binaire dans lequel semaine et week-end sont interreliés tout comme le sont le travail et la détente. D’ailleurs, l’un des principaux défis qui s’impose aux retraités est certainement l’adaptation à une nouvelle mesure du temps vécu comme extensible et indéfini.

Les vacances représentent donc une rupture nécessaire qui favorise un détachement psychologique en permettant de se trouver physiquement hors du milieu de travail pour plusieurs journées consécutives. Ce repos légal, qui permet périodiquement d’échapper aux obligations, contraintes et souffrances du travail, constitue un acquis social d’une importance majeure. Peut-être nous arrive-t-il de l’oublier, pris dans la course effrénée aux passeports, aux forfaits économiques et aux bagages?

Guillaume Le Blanc (2008) affirme que le travail, parce qu’il nous détourne toujours un peu de nous-mêmes, comporte le risque de nous faire passer à côté de notre vie. Les vacances offrent justement à chacun l’occasion de renouer avec l’instant présent, de se retrouver, de réhabiter son corps, d’accueillir les possibles en s’accordant du temps de qualité seul, en couple, en famille, entre amis. Cet espace de repos, de récupération, de bien-être et d’ouverture aux rencontres, sollicite la pensée créative face aux soucis du quotidien et nous conduit tout naturellement à réviser nos priorités.

Mais attention! S’il devient de plus en plus fréquent de miser sur les vacances pour refaire le plein d’énergie et décompresser d’une fatigue physique et mentale envahissantes, il demeure risqué de confondre les vacances avec les congés pour maladie. En effet, plusieurs travailleurs surmenés attendent les vacances annuelles comme l’ultime recours, une délivrance même. Ceux-là auront la déception de voir leurs symptômes s’intensifier durant ces congés, qu’il s’agisse de fatigue, de migraines, de rhumes persistants, d’infections, de maux de dos, etc. Dans certains cas, l’employeur suggérera même à un employé visiblement au bout du rouleau de prendre de « petites vacances » pour se requinquer. C’est ignorer que maladie et vacances n’ont rien en commun et que le repos, à lui seul, ne suffit pas à endiguer l’épuisement professionnel. Des vacances, écoulées dans un tel contexte, seront suivies d’un retour au travail dans la lassitude. L’employé réalisera rapidement que l’insatisfaction, la perte de sens et le sentiment d’être écrasé sous la pression ne se dissipent pas par enchantement en changeant d’air et de décor. Les vacances auront permis une distanciation avec la source des maux mais la souffrance pleinement ressentie fera émerger un fort besoin de mettre de l’ordre et de la cohérence dans ses pensées et ses actions. Une période d’invalidité suivra sinon du présentéisme au travail (sujet d’un prochain article).

Par ailleurs, outre ces vacances in extremis qui révèlent un épuisement déjà manifeste, il y a aussi une tendance sociale aux vacances qui épuisent. Didier Lauru (2004) évoque l’impératif social actuel de réussir ses vacances à tout prix, d’obéir aux devoirs de plaisir et de dépenses sans rien se refuser. Nous observons un phénomène de mode à rechercher des vacances dans la performance, remplies d’expériences extravagantes (destinations exotiques, activités sportives extrêmes ou voyages culturels, sous un beau soleil, s’il-vous-plaît!) afin d’avoir quelque chose de palpitant à raconter à ses collègues. Il y a, dans certains milieux, une surenchère à exposer un emploi du temps de vacances saturé, à prouver son bonheur à travers photos multiples et super bronzage. Dans ce contexte, Didier Lauru (2004) rappelle que le choix de ne rien faire pourrait bien constituer l’ultime liberté. Se permettre une douce insouciance qui dépayse et délasse paisiblement.

« La vie doit être rêvée avant d’être parcourue », écrivait Pierre Sansot (1998). Place aux rêves, aux désirs qui émergent, au vagabondage, à la manifestation libre de nos besoins et à l’expression de soi. À ceux qui prévoient « prendre » des vacances ou « partir » en vacances prochainement, L ‘Essence du travail vous souhaite avant tout d’« être » en vacances et ce, le plus souvent possible.

Recommandations de lecture :

  • Féret-Fleury, C. et Trudel, J.-L. À bas les vacances! Éd. Les 400 coups, Montréal, 2011.
  • Lauru, D. [et al.]. Tout est psy en vacances? Éd. Albin Michel, Paris, 2004.
  • Le Blanc, G. Gagner sa vie, est-ce la perdre? Éd. Gallimard Jeunesse, Coll. Chouette! Penser, Paris, 2008.

©2014 tous droits réservés Nicole Blanchard


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S.O.S. des enseignants : Bulletin spécial

Une enseignante à l'oeuvre dans sa classe.

photo: ©2014 Simon Martel

Nous savons tous quelque chose de la profession d’enseignant. Nous avons tous fréquenté l’école, conservé quelques précieux souvenirs de bons pédagogues chaleureux, gardé aussi en mémoire d’obscurs traumas liés à des instituteurs décidément trop sévères. Nous avons tous pu observer à loisir la gentille maîtresse écrivant au tableau, travaillant à son bureau ou participant à une sortie avec les élèves. Nous savons tous à quel point les enseignants représentent des figures significatives pour nos enfants. Et, avouons-le, nous avons tous, un jour ou l’autre, envié la généreuse banque de congés des enseignants, particulièrement quand l’organisation familiale estivale nous causait des maux de tête. Mais que savons-nous véritablement du métier de ceux qui ont pour mandat d’instruire, de socialiser et de qualifier nos jeunes?

Apparemment, ces deux mois de vacances que nous jalousons ne suffisent pas à faire de l’enseignement un paradis de l’emploi. Dans les faits, les enseignants en arrêt de travail pour motif de burnout sont légion. Selon la Fédération des commissions scolaires du Québec (2009), le nombre de congés de maladie était en hausse constante dans le réseau de l’éducation et 46% de ces congés étaient directement liés à l’épuisement professionnel ou à la dépression. Une étude de l’ÉNAP citée par Radio-Canada (2010) faisait aussi ressortir l’accroissement chez les profs de l’anxiété et des maux physiques (de la bronchite aux maux de dos), symptômes de leur essoufflement. D’après les statistiques du MELS (2011), 25% des jeunes enseignants du primaire au Québec quittaient la profession au cours des cinq premières années suivant leur insertion sur le marché du travail et ce, en dépit des longues études universitaires complétées pour y accéder. Ces statistiques alarmantes expriment pour le moins un malaise.

Si les tableaux blancs interactifs rendent l’enseignement plus vivant, l’investissement massif qu’ils ont nécessité n’a été d’aucun secours pour une majorité d’enseignants qui parviennent plutôt mal à survivre à leur profession, contraints par des exigences de gestion incompatibles avec leurs valeurs fondamentales. Fréquemment au cœur de controverses, leur métier est certes en mutation et les enseignants finissent par manquer de repères face à d’incessantes réformes ministérielles plus ou moins cohérentes. Au départ, ils ont choisi cette vocation avec le feu sacré, la passion pour leur discipline, l’instinct de pédagogue, l’amour des enfants. Ils se voient forcés de composer avec une tâche écrasante, des conditions défavorables et un environnement physique trop souvent inadéquat (évoquons à titre d’exemples les moisissures, le radon ou plus simplement le manque d’espace). Au fil du temps, plusieurs enseignants deviennent désemparés, affligés d’un stress chronique et d’un sentiment d’impuissance démobilisant.

Parmi les problèmes organisationnels, on pense d’emblée au manque de ressources et d’outils, à la multiplication des tâches administratives, aux coupures des services d’aide aux élèves, à l’augmentation des ratios par groupe, à la précarité d’emploi des nombreux suppléants, aux cibles à atteindre face au taux de diplomation. Par contre, à tort, on parle moins souvent de la solitude du professeur, laissé à lui-même dans sa gestion de classe, dans ses remises en question et dans les efforts de créativité, d’adaptation, de patience et de polyvalence qu’il doit déployer.

En fait, sans un soutien adéquat, les enseignements sont hautement à risques d’épuisement professionnel notamment en raison des composantes relationnelle et affective de leur pratique. À la relation privilégiée maître-élève à la base des fonctions de l’enseignant s’ajoutent en effet la dynamique de groupe, la collaboration avec l’équipe-école, les rapports avec les parents et les relations avec les directions d’école lesquelles sont souvent débordées, préoccupées des règles budgétaires et soucieuses de retenir par tous les moyens leur clientèle face à la concurrence.

Dans ses meilleurs jours, le professeur est porté par le plaisir de transmettre son savoir, de partager une passion, de faire découvrir la culture, d’innover dans ses stratégies, de dépister un blocage chez un élève et de l’aider véritablement. En réalité, au quotidien, bon nombre d’enseignants sont confrontés à une population étudiante hétérogène, dont plusieurs enfants présentent d’importantes difficultés d’adaptation, d’apprentissages et/ou de comportements , voire des troubles sévères face auxquels le prof est dépourvu de moyens suffisants pour intervenir avec succès. Au secondaire, les professeurs doivent relever le défi de présenter les notions académiques de manière divertissante à des adolescents en recherche d’eux-mêmes, parfois blasés, nonchalants, désorganisés, inattentifs, insolents. De plus, certains enseignants pourront témoigner, s’ils en ont le courage, des blessures profondes qu’ont laissé en eux les incivilités, rumeurs, propos malveillants et agressions dont ils ont pu faire l’objet de la part d’élèves, à l’école tout comme sur les réseaux sociaux.

Au chapitre de la violence, les enseignants constatent qu’ils ne peuvent pas toujours compter sur le support des parents d’élèves. En effet, avec la dévalorisation de la profession, les maîtres n’ont plus l’autorité morale ni intellectuelle au sein de la société. Conséquemment, certains parents participent eux-mêmes à l’intimidation, font de l’ingérence dans la gestion de classe, confrontent, blâment, accusent les professeurs, les menaçant même parfois de poursuites judiciaires. Quesnel (2013) et Boudreau (2013) soulignent d’ailleurs le manque d’appui des parents qui discréditent le travail de l’enseignant, invalidant son intervention auprès de l’enfant. Des parents adoptent une attitude suspicieuse vis-à-vis de l’école, doutent de la compétence des professeurs, contestent les décisions, débattent des méthodes et des programmes, ce qui ajoute à la pression, déjà forte, du métier.

Pour plusieurs professionnels, les réunions parents-enseignants constituent une épreuve majeure tant des parents projettent sur l’enseignant leurs attentes et leurs craintes, en déléguant leur responsabilité quasi-entière face à l’éducation des enfants. Le système scolaire procède de la société actuelle; ainsi, les parents sont devenus des consommateurs de services au sein de l’école. Avec l’impunité du client qui a toujours raison, certains parents n’hésitent pas à dicter la conduite de l’enseignant, multiplier les demandes spéciales en tous genres, réclamer, faire du chantage et des plaintes à la direction (pour une note, un devoir, une punition). Heureusement que nous savons, vous et moi, être reconnaissants de l’engagement des enseignants et que nous ne manquons pas une occasion de valoriser les liens constructifs qu’ils créent avec nos enfants!

Monsieur Germain Duclos, célèbre psychoéducateur et orthopédagogue québécois, se plaisait à préciser que les enseignants ont effectivement deux mois de congé à la fin de l’année scolaire, soit un mois de convalescence suivi du traditionnel mois de vacances. Un été, c’est somme toute bien peu pour se reposer, soigner des maux qui n’ont pu être exprimés, faire le deuil de certains élèves appréciés et de quelques projets qui prennent fin, assumer des erreurs et des défaites aussi, puis refaire le plein d’énergie pour repartir à neuf auprès de nouveaux élèves à entourer avec bienveillance afin de bien les guider. Cette année, avec nos souhaits de bonnes vacances, offrons aux enseignants notre soutien collectif et notre pleine confiance. Après tout, leur travail, de par son essence, ne consiste-t-il pas à assurer aux enfants une éducation de qualité comme fondement d’une société responsable et prospère?

Recommandations de lecture :

  • Boudreau, Diane. Une éducation bien secondaire. Montréal : Éd. Poètes de Brousse, Coll. Essai libre, 2013.
  • Quesnel, Anne-Marie. Parents essoufflés, enseignants épuisés: les répercussions sociales d’une éducation trop permissive. Québec: Ed. CARD, Coll. Parent un jour, parent toujours, 2013.
  • Témoignages de professeurs: le quotidien des enseignants au secondaire [préface de Paul Gérin-Lajoie]. Montréal : Ed. Caractère, 2011.

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Tous à la fête!

1er mai 2014
Fête internationale des travailleuses et des travailleurs

Tous à la fête! 1er mai, Fête Internationale des travailleuses et des travailleurs.

Tous à la fête!
photo: ©2014 Simon Martel

Le travail, quand il est exercé dans la dignité, est créateur de liens et de sens. Il permet à chacun d’acquérir son indépendance dans une activité paradoxalement adressée aux autres.

Célébrons chaleureusement les femmes et les hommes de courage et de coeur qui s’investissent au travail quotidiennement. Rendons hommage aux mobilisations ouvrières pour l’amélioration des droits des travailleurs, d’hier à aujourd’hui.

Ensemble, restons vigilants et engagés. Ne tenons rien pour acquis!

Le travail est effectivement devenu une seconde nature pour l’homme.
Ne le laissons pas nous dénaturer!

©2014 tous droits réservés Nicole Blanchard


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La prévention du stress au travail…et ses dérives

Brancardiers à l'oeuvre

photo: ©2013 Simon Martel

Aérobie et activité de Pilates dans les locaux de l’entreprise, accès à quelques vélos stationnaires et à une douche pour les employés, conseils d’usage sur l’alimentation anticancer, collations saines dans les distributrices, causerie-midi sur la gestion efficace du temps, primes d’encouragement pour la cessation du tabagisme… Avec un tel programme, votre employeur se targue sans doute d’être un chef de file dans la gestion du stress et le soutien de ses employés. Et si c’était plutôt de la poudre aux yeux? Ou, à tout le moins, des efforts malhabiles, des actions mal ciblées et un investissement insuffisant pour une réelle prévention du stress au travail?

Il a été démontré que le burnout est un processus mettant en cause la personne et son environnement de travail. Selon l’Ordre des psychologues du Québec, les facteurs de risques sont liés à la fois à l’individu (40%) et à l’organisation (60%). C’est donc une responsabilité partagée. Puisque le phénomène du burnout dépasse largement le cadre individuel, il en va de la responsabilités sociale de l’établissement d’instaurer une démarche de prévention collective, complète et de longue haleine, adaptée à la réalité spécifique de chacune des équipes de travail.

L’approche préventive optimale du stress au travail repose sur une considération sincère pour les travailleurs et se réalise à travers une démarche planifiée, selon trois axes essentiels : la prévention primaire, la prévention secondaire et la prévention tertiaire.

La prévention primaire vise à réduire ou éliminer les causes du stress au travail. Ce sont les stratégies les plus efficaces et les plus immédiates puisqu’elles agissent directement à la source, au sein de l’organisation et sur les conditions d’exercice du travail. Ce type de prévention s’appuie avant tout sur une volonté de l’employeur et sur sa vision à long terme de la productivité. Par exemple, l’établissement peut s’engager envers son personnel à donner un maximum de flexibilité dans le choix des horaires, encourager l’autonomie professionnelle, valoriser les compétences, encourager la participation des employés aux décisions, clarifier les rôles et mandats de chacun, améliorer les communications à l’interne, etc.

La prévention secondaire, centrée sur l’individu, vise surtout à réduire l’impact du stress sur les travailleurs, donc à renforcer leur résistance. Il peut s’agir d’informations transmises aux employés sur la santé psychologique au travail ou d’acquisition de stratégies individuelles d’adaptation pour évacuer les tensions. S’inscrivent dans ce volet les sessions de yoga, taï-chi ou massages, les conférences sur le mieux-être et la thérapie cognitive, entre autres choses.

La prévention tertiaire consiste à accompagner les personnes en souffrance, qu’elles soient au travail, en invalidité ou de retour d’un congé prolongé en lien avec un problème de santé mentale. Encore une fois, ces interventions, bien qu’indispensables, concernent les conséquences du stress et non ses causes. On parle ici de traitement médical, de support, de réadaptation de la personne et de l’encadrement de son processus de retour au travail.

Comme le rapporte Steiler (2010), les employeurs ont généralement tendance à miser sur la prévention secondaire, orientée vers le soulagement des symptômes et la limitation des dommages. Or, on sait que ces mesures sont insuffisantes, à elles seules, et que leurs effets bénéfiques sont de courte durée. En langage clair, se dépenser et transpirer en faisant du Zumba durant la pause-repas n’aura qu’une portée positive brève et limitée s’il faut ensuite reprendre le collier dans un contexte de surcharge de travail, de contrôle excessif voire de harcèlement.

En fait, l’employeur qui privilégie seulement l’axe secondaire sans remettre en question l’organisation (comme le voudrait la prévention primaire) expose les travailleurs à de nouveaux risques. En effet, le choix de cette orientation laisse entendre qu’il appartiendrait entièrement à l’individu en situation de stress professionnel de changer et de trouver des solutions. Christophe Bagot (2012) souligne que, ce faisant, les organisations se déresponsabilisent et rajoutent, de façon perverse, désarroi, solitude et culpabilité à la souffrance déjà bien présente chez les travailleurs.

Au Canada, on estime que les problèmes de santé psychologique au travail arrivent au premier rang des causes d’incapacité au travail et il s’agit le plus souvent d’invalidité de longue durée. Cette réalité est également une préoccupation très actuelle de l’Organisation mondiale de la santé. Quand on s’intéresse un tant soit peu aux coûts exorbitants du stress chronique au travail et aux ravages du burnout, on comprend rapidement que les bénéfices de la prévention dans ses trois axes sont multiples. En fait, d’autres l’ont déclaré bien avant moi : mieux vaut prévenir que guérir!

Recommandations de lecture :

  • Steiler, Dominique. Prévenir le stress au travail : de l’évaluation à l’intervention. Paris : Éditions Retz, Coll. Efficacité professionnelle, 2010.
  • Site : www.cgsst.com/fra/recherches/cgsst.asp
    Chaire en gestion de la santé et de la sécurité au travail dans les organisations (Université Laval).

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Rire pour mieux travailler

Un clown anime une pause au travail.

photo: ©2013 Simon Martel

De retour d’une intervention de crise, des coéquipiers caricaturent en rigolant les acteurs de la situation puis échangent des réflexions cocasses. Ailleurs, des travailleurs sur une chaîne de production, effectuant des tâches monotones et répétitives, s’adressent des taquineries amicales. Des employés d’un service à la clientèle, contraints au sang-froid et à la courtoisie en toutes circonstances, se retrouvent à la pause et c’est le délire! Les plaisanteries se succèdent et les rires fusent dans la salle du personnel!

En fait, ce n’est pas une blague, le rire a une valeur thérapeutique et ces employés ont trouvé un moyen naturel de se protéger des impacts d’émotions négatives vécues au travail. Non seulement, l’humain travaille mieux dans la bonne humeur, mais le rire a des vertus à prendre sérieusement en considération. Le rire au quotidien dans la vie professionnelle améliore la productivité, contribue à réduire le stress ainsi que les absences pour cause de maladie.

Parmi les bienfaits démontrés du rire sur la santé, citons (pour le bénéfice du docteur en vous) la relaxation musculaire, l’amélioration de la digestion, la régulation de l’activité cardiaque, la stimulation de la circulation sanguine, la diminution de la tension artérielle, l’accroissement des défenses immunitaires, l’amélioration du sommeil et la sécrétion d’endorphines (aux effets calmants). Freud associait le rire au fait de sortir de soi ce que l’on retient malgré soi. Le rire permet donc de libérer l’esprit de ses préoccupations, de dédramatiser les erreurs et frustrations, de désamorcer une crise, de détendre l’atmosphère. Il permet de se centrer instantanément sur le présent et de prendre une distance salutaire avec les événements.

Bien sûr, au sein d’une équipe de travail, le rire permet de s’amuser, de se divertir et de créer un lien social en favorisant les rapprochements chaleureux. Le rire est communicatif; c’est une manière universelle d’être ensemble et de prendre du bon temps. Pour le travailleur, le rire constitue le premier secours à sa portée pour contrer l’excès de stress découlant d’un travail exigeant.

Pour l’entreprise, le rire est un investissement gagnant puisqu’il accroît l’efficacité des employés. Selon Dominique Chalvin (2011), 10 à 15 minutes de rire par jour suffisent à produire un effet relaxant pouvant durer jusqu’à 45 minutes après la séance de rire. Aussi bien dire que quelques pauses égayées d’histoires amusantes pourraient suffire à maintenir des conditions favorables à une concentration optimale. L’humour et le rire oxygènent le cerveau, ce qui rend le travailleur plus alerte et performant au niveau des fonctions exécutives supérieures (mémoire, réflexion, planification, analyse, prise de décision, créativité et langage). En outre, le rire permet de concevoir le monde autrement et donne accès à de nouvelles associations d’idées.

Selon Carole Miville (2008), il est avantageux de débuter une réunion par une période de blagues qui ont pour effet de faire tomber les tensions, rendre par la suite les débats plus concis et ainsi réduire la durée de la rencontre. On sait aussi que le rire crée une ouverture en captant l’attention, ce qui permet aux personnes de mieux livrer leurs messages.

Malgré tous ces arguments convaincants, le rire est souvent mal perçu par bon nombre de dirigeants (pas drôles!) qui l’interprètent comme un manque de rigueur et de professionnalisme au travail. Pour certains patrons et employés rabat-joie, le rire est tout simplement improductif, futile, puéril voire impoli et déplacé. Olivier Mongin (2007) souligne que « le rire produit un déchaînement d’ordre collectif qui peut devenir menaçant ». En fait, certains dirigeants peuvent craindre de perdre leur autorité devant la puissance du rire et sa nature incontrôlable. Ils redoutent les dérives car le rire a la fâcheuse tendance à se propager par un mimétisme contagieux.

Pourtant, quand on comprend la force positive du rire dans l’économie, il y a plutôt lieu de s’inquiéter des milieux de travail où l’on ne rit pas. S’appliquer à la tâche dans un climat réservé, sévère, rigide, austère ou morose ne permet pas de donner le meilleur de soi-même. Par ailleurs, les travailleurs blasés ou épuisés versent plutôt dans le cynisme, le sarcasme et l’ironie pour survivre, ce qui est révélateur de tensions palpables.

Il n’est pas nécessaire pour autant d’instaurer un programme officiel de rire en entreprise en faisant appel pour des formations sporadiques à des consultants onéreux qui ont trouvé un nouveau marché lucratif (coachs du rire, rigologie, rigolothérapie, club de rire international, conseillers en humour, etc.). Le rire le plus efficace résulte de l’imprévu, de la confiance et de la complicité entre collègues. Il y a dans le rire de la liberté, de la naïveté, une saine insouciance à encourager. Par ailleurs, la capacité d’auto-dérision dans une équipe de travail traduit à la fois une humilité et une maturité de groupe dont les supérieurs devraient se réjouir.

Vous l’aurez compris, l’employeur a tout intérêt à rechercher le sens de l’humour chez un candidat lors de l’embauche puisqu’il s’agit indéniablement d’une force utile à l’adaptation et à la solidarité au sein de l’équipe de travail. De plus, les personnes capables de mots d’esprit et d’échanges dans un registre comique possèdent généralement des qualités complémentaires très profitables pour l’entreprise (créativité, vivacité, culture, lucidité, etc.). Enfin, l’aménagement par l’employeur d’espaces de détente confortables pour les employés représente une mesure de prévention simple et économique, pour la bonne santé mentale des troupes, en favorisant la proximité, les discussions spontanées, le partage d’expériences communes dans la légèreté. En définitive, la propension aux sourires et au rire se développe dans un environnement de travail sain en même temps qu’elle y contribue. Et si l’hilarité était un signe de santé de l’entreprise?

Recommandations de lecture :

  • Miville, Carole. Rire et grandir en dix étapes. Montréal : Éditions Québécor, Coll. Psychologie, 2008.
  • Vinit, Florence. Docteur Clown à l’hôpital/Une prescription d’humour et de tendresse. Montréal : Éditions du CHU Sainte-Justine, 2010.

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10 résolutions antistress pour 2013

Bonne année! Santé, Solidarité

photo: ©2013 Simon Martel

Tandis que le Père Noël s’apprête sagement à profiter d’un repos bénéfique suite à son labeur intensif, plusieurs travailleurs retourneront à la tâche après un temps des Fêtes exténuant, en ayant plus ou moins eu la possibilité de récupérer. Au calendrier professionnel, janvier marque la reprise des activités. Les exigences et les pressions liées au contexte de travail auront tôt fait de se manifester et de mettre de nouveau à l’épreuve les capacités et les ressources dont chacun dispose. Nous savons tous que le stress est une composante réelle du travail nécessaire à la production. Par contre, le stress chronique qui s’installe dans la durée comporte ses dangers maintes fois démontrés au plan de la santé physique et mentale, c’est pourquoi nous nous préoccupons d’en limiter les conséquences dommageables.

Avec l’arrivée de la nouvelle année et pour faire un clin d’œil à la tradition, nous vous proposons donc dix résolutions antistress à adopter au travail. Il s’agit de stratégies sérieuses, simples et efficaces, à la portée de tous. Ces moyens reconnus, appliqués avec constance et confiance, auront un impact positif sur votre humeur générale, sur votre mieux-être au quotidien au travail et sur votre santé à court, moyen et long terme.

Voici sans plus tarder la liste des 10 résolutions antistress suggérées pour un travail sans tension en 2013 (vous pouvez en faire un aide-mémoire à garder dans l’agenda, pourquoi pas!) :

  1. Je sais m’entourer, partager les responsabilités, offrir mon soutien et accepter d’être aidé(e) au besoin.
  2. En collaboration avec mon supérieur, je me fixe des objectifs plus réalistes incluant les tâches essentielles et des activités qui me plaisent vraiment.
  3. Je prends des décisions pour chacun des sujets que je peux traiter facilement, ainsi ma liste de préoccupations diminue.
  4. J’évite les nombreuses interruptions au travail qui dilapident le temps et contribuent au sentiment d’envahissement.
  5. Je prends des pauses régulières car les pauses inspirent et font jaillir les idées. De plus, je respire consciemment ; c’est gratuit!
  6. Je négocie des échéanciers plus longs vu la tendance naturelle de l’humain à sous-estimer le temps requis pour effectuer une tâche.
  7. Je me donne des « vacances mentales » des situations complexes à résoudre…pour y revenir plus tard, avec plus de recul.
  8. Je m’invente un rituel de fin de journée pour atterrir en douceur avant de quitter et ainsi laisser le travail…au travail.
  9. Je ne laisse pas le travail (et ses ruminations) envahir mes nuits et je ne fais pas de mes nuits des heures escamotables. Le sommeil, c’est prouvé, ça repose!
  10. J’évalue mon travail de façon régulière, je garde des traces de ce que j’accomplis et je reconnais mes bons coups.

Les spécialistes du stress, Hans Selye et Henri Laborit, recommandaient aussi d’éliminer à la base toutes les sources de stress pouvant être évitées (ex. le bruit ambiant, le désordre du bureau, les repas irréguliers, etc.) car il faut savoir que plusieurs petits irritants causent parfois plus de tort qu’une grande épreuve. Enfin, la professeure Sonia Lupien affirme que « l’inverse du stress n’est pas la relaxation ». Selon elle, à l’instar des autres spécialistes précités, à l’opposé du stress figurent plutôt la résilience de l’individu, sa capacité à créer des solutions pour garder l’impression de contrôle face à une situation potentiellement stressante.

Ainsi, la gestion efficace du stress au travail implique que le travailleur augmente son pouvoir d’action sur les situations et n’hésite pas à « prendre la barre » de ses activités selon ses objectifs professionnels. Le travailleur se donnera des options, se dotera de plans de rechange, trouvera la manière d’orienter ses choix en fonction de ses valeurs principales. Enfin, pour échapper aux répercussions les plus néfastes du stress au travail, il est bien sûr ingénieux de diversifier ses sources de gratification et d’accomplissement ainsi que d’ajuster à chaque âge de la vie ses attentes face au travail.

Pour conclure, L’Essence du travail vous souhaite une année 2013 des plus palpitantes et prend la ferme résolution de publier plus régulièrement des articles dans la rubrique 35h/semaine pour le bénéfice de ses lecteurs!

Recommandations de lecture :

  • André, Christophe. Sérénité : 25 histoires d’équilibre intérieur. Paris : Éditions Odile Jacob, 2012.
  • Lupien, Sonia. Par amour du stress. Boisbriand : Éditions au Carré, 2010.

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En panne d’énergie au travail : trouver un nouveau souffle…

Une travailleuse qui réfléchit à son avenir.

photo: ©2012 Simon Martel

Admettre que la motivation au travail n’est plus au rendez-vous constitue le premier pas dans la reconquête de la satisfaction professionnelle. Il est en effet primordial de prendre au sérieux les signaux de lassitude, même si cette prise de conscience occasionne bien souvent du désarroi chez le travailleur. Il est naturel pour l’humain de chercher à évoluer, progresser et trouver du sens dans ses accomplissements, pourtant la peur du changement est parfois telle qu’elle paralyse l’individu. Le travailleur avisé sait cependant que la démotivation et la frustration chroniques l’exposent à des risques bien réels de présentéisme, d’épuisement professionnel, de maladies diverses et même à des accidents de travail causés par le manque de vigilance. Mais voilà, il faut bien gagner sa croûte!

Après avoir pris le temps d’évaluer honnêtement l’intensité de son malaise, tel qu’expliqué dans l’article précédent, le travailleur entamera une réflexion approfondie sur les causes de son manque d’énergie afin de pouvoir poser les actions appropriées. Dans le cas où le burnout n’a pu être évité, l’arrêt de travail est bien sûr indispensable pour la distanciation émotionnelle et la réparation des maux physiques, mais la réflexion reste essentielle pour que l’individu puisse parvenir à résoudre véritablement cette crise intérieure. La réflexion peut être abordée de différentes manières, supportée de multiples façons par des lectures, des rencontres, de l’introspection, des recherches, de la méditation, mais elle nécessitera toujours du temps.

Comme point de départ, nous proposons au travailleur morose de chercher à identifier la source principale de sa souffrance psychique au travail. Le malaise provient-il de la tâche, de l’environnement de travail, du climat relationnel ou de notre rôle professionnel? Les réponses qui se profileront à ces questions fondamentales permettront de déterminer les options à envisager pour retrouver un nouveau souffle à l’emploi.

Lorsque l’insatisfaction découle plutôt de la tâche, une discussion franche avec le supérieur pourrait conduire à la réalisation de nouveaux mandats stimulants, correspondant davantage à nos aptitudes. Le travailleur peut aussi choisir de se donner des défis à travers des projets intéressants qu’il initiera. On peut souhaiter un changement de niveau de responsabilités et/ou mettre à profit des compétences nouvellement acquises. On peut saisir les occasions de formation et de perfectionnement pour enrichir notre bagage en fonction de nouvelles aspirations. Enfin, les privilégiés qui ont cette possibilité peuvent tout simplement opter pour une longue pause et préparer un congé sabbatique consacré à la mise en œuvre d’un projet personnel longtemps caressé (ex.: voyage, rénovations, créations artistiques, etc.), après lequel ils seront réénergisés.

Quand la désillusion provient de l’environnement de travail, des mesures concrètes peuvent être tentées. Par exemple : un ajustement d’horaire qui favorisera une meilleure qualité de vie, un aménagement de l’espace de travail plus propice à la concentration, des solutions de transport pour faciliter les déplacements ou une mutation pour réduire la distance entre l’emploi et le domicile. Pour compenser notre impuissance à agir sur divers aspects de l’organisation du travail, on peut en définitive décider de manière consciente de modifier notre perspective (ex. se centrer sur la clientèle et faire fi volontairement de l’environnement pour un certain temps).

Dans les situations de grandes transformations au sein de l’entreprise, de relocalisation, de restructuration ou d’implantation de nouvelles méthodes de travail, la démotivation du travailleur pourrait être interprétée à tort comme de la résistance au changement. En fait, dans ces circonstances, l’employé a plutôt le sentiment que son employeur a brisé son contrat moral envers lui, comme le souligne Maletto (2009). Ce sentiment est encore plus présent quand les employés ont été mal accompagnés dans le changement et que la perte subie a été peu compensée par l’employeur, de façon symbolique ou financière. Puisque l’emploi qu’il avait choisi n’existe plus dans la nouvelle réalité de l’organisation du travail, l’employé qui veut s’adapter devra identifier les deuils et les gains qui en découlent et reconsidérer ses objectifs. Un tel contexte oblige le travailleur à rechoisir son emploi, dans ce qu’il est devenu, pour y retrouver éventuellement de la satisfaction.

Plusieurs auteurs, dont Angela Portella (2010) et Marie-France Hirigoyen (1998), traitent des situations où des rapports conflictuels avec des collègues ou un supérieur sont à l’origine de la démoralisation au travail. Le travailleur peut solliciter de l’aide dans la résolution de conflits relationnels, dans l’affirmation de soi ou dans la gestion des rapports avec des personnalités difficiles. Il est toutefois impératif de ne pas rester seul face à une relation de travail qui s’apparente à du harcèlement moral.

Parfois, un changement d’orientation s’imposera quand le travailleur réalise que son rôle professionnel ne correspond plus à ses valeurs et à ses besoins. Un bilan de compétences avec un conseiller permettra alors à l’individu d’identifier ses forces, ses limites et ses objectifs afin de pouvoir explorer de nouvelles avenues (ex. retour aux études, virage de carrière, travail indépendant, etc.). Une mutation dans un autre poste au sein de l’entreprise ou une recherche d’emploi sera aussi à considérer dans le cas où l’individu perçoit son milieu de travail comme toxique (pressions excessives, impératifs de rendement, harcèlement persistant, absence de reconnaissance, conditions nuisibles, etc.). Certes, le travailleur se sentira amer de quitter sans honneur un poste où il a beaucoup donné, mais cette expérience n’est pas perdue. Une démarche faite avec assurance lui permettra de trouver un milieu en accord avec lui-même, dans la dignité.

Bien sûr, ces nombreuses propositions ne sont que des pistes, des repères pour guider une démarche de réflexion. Chacun est porteur de sa réponse et créateur de son avenir. Confiance, sacrifices, prudence et temps sont requis pour effectuer de grands changements, en dépassant ses craintes, dans le but de se reconstruire une vie professionnelle épanouissante. Par ailleurs, terminons avec le point de vue de Marcelo Otero (2012) qui rappelle de se valoriser et de faire preuve d’existence sociale au travail mais également dans d’autres sphères que le travail. Bonne route!

Recommandations de lecture :

  • Maletto, Michel. La gestion du changement : Comment faire adhérer le personnel. Montréal, Éd. Saint-Martin, 2009.
  • Portella, Angela. Repenser le bien-être au travail. France, Éd. Studyrama-Vocatis, Coll. Efficacité professionnelle, 2010.

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En panne d’énergie au travail : que faire?

Le prof de musique et sa classe

photo: ©2012 Simon Martel

Vous arrive-t-il de ne plus savoir ce qui vous a attiré dans votre travail actuel? Vous arrive-t-il de penser que vous seriez peut-être plus heureux dans un autre type d’emploi? Êtes-vous de ceux qui rêvent systématiquement de la prochaine fin de semaine dès le lundi matin? Votre activité professionnelle est-elle devenue source de doutes et de tourments?

Récemment, via le Courrier du cœur à l’ouvrage, une éducatrice d’expérience nous confiait ses questionnements quant à son manque d’énergie au travail et sa baisse de motivation dans l’accomplissement de ses tâches. Ses propos ont rapidement trouvé écho chez plusieurs travailleurs de divers milieux qui, après quelques années à exercer leurs fonctions, en viennent aussi à ressentir de la fatigue et cette impression de tourner en rond. Certains font état d’un travail perçu comme monotone et insatisfaisant. La plupart cherchent à raviver la flamme à l’emploi sans toutefois savoir comment s’y prendre.

Certes, une certaine confusion s’installe chez le travailleur qui constate que le cœur n’y est plus. Le pas, autrefois alerte vers le boulot, s’alourdit peu à peu. Le travail qui suscitait de la passion devient source d’ennui. Les vacances ne suffisent plus au ressourcement et des questions fondamentales refont surface. Les contextes d’emplois stressants et la pression exercée sur les employés sont des conditions qui mènent également à des remises en question, d’autant plus si ces facteurs se juxtaposent à la perte des repères de la quarantaine.

C’est généralement vers cet âge que l’individu se sent mûr pour reconsidérer ses objectifs, dans ce que certains appellent la crise du milieu de la vie. En effet, l’individu qui se sent vieillir et qui a soudainement une conscience aiguë du temps qui passe réévaluera ses choix et ses priorités. Rappelons que la majorité des changements majeurs de carrière s’effectuent d’ailleurs dans la quarantaine. C’est l’heure des questions et bilans en toute lucidité : Suis-je sur le bon chemin? Ai-je atteint mes buts? Ai-je pu construire quelque chose qui correspond à mes rêves? Quelles sont les valeurs auxquelles je crois? Quel est le sens de mon travail?

Ces questionnements, au début passagers puis envahissants, correspondent certainement à une crise intérieure à prendre en considération. En effet, négliger de reconnaître cette souffrance palpable ne peut que retarder le moment où la crise ressurgira de plus belle, sous la forme d’un ultimatum. « Ouvrir les yeux, parfois, demande du courage, écrit Anne-Catherine Sabas (2012), parce que cela va nous contraindre à mesurer l’écart entre nos rêves et notre réalité ».

Les interrogations sur la motivation à l’emploi et le sens qu’on y donne ne sont pas toujours des symptômes annonciateurs d’un épuisement et ne conduisent pas forcément à l’épuisement (à condition de les traiter avec tout le sérieux qu’elles méritent). Prendre conscience de ces pensées récurrentes et de l’inconfort bien réel face à un emploi qui ne semble plus répondre à nos besoins peut en effet permettre d’utiliser positivement ces indicateurs dans le contexte de notre cheminement professionnel.

Par contre, les sentiments d’insatisfaction au travail et d’inutilité pourraient aussi constituer la toile de fond d’un burnout qui s’installe lentement et insidieusement. Il faut savoir que la désillusion est elle-même très présente dans la seconde étape du processus de burnout, tel que décrit par Edelwich et Brodsky (1980), lequel comporte les quatre étapes suivantes :

  1. L’enthousiasme (ambition, idéalisme)
  2. La stagnation (désillusion, plafonnement)
  3. La frustration (fatigue, cynisme)
  4. L’apathie (frustration chronique, découragement).

Aux travailleurs préoccupés par leurs états d’âme au travail, nous recommandons d’évaluer tout d’abord l’intensité du malaise ressenti.

Est-ce un questionnement récent, une impression vague et passagère de mal-être? Y a-t-il encore des journées de travail satisfaisantes où le dynamisme est présent? La perte d’intérêt est-elle ponctuelle, situationnelle? Dans ce cas, un changement de regard sur les événements et quelques ajustements avec l’accord de l’employeur pourraient suffire.

Par contre, comme le rapportent Lemire (2012) et plusieurs autres auteurs sur le sujet, les premières manifestations de symptômes physiques (insomnie, douleurs musculaires, migraines, etc.) et psychiques (sentiment d’impuissance, anxiété, irritabilité, etc.) constituent un avertissement clair d’un épuisement professionnel imminent. Le travailleur devra sans tarder modifier certaines habitudes, adopter des mesures afin de mieux prendre soin de soi, consulter au besoin un professionnel pour améliorer sa gestion du stress et surtout négocier avec son supérieur une diminution temporaire de sa charge de travail, en prévention d’une aggravation de son état.

Enfin, quand les symptômes physiques, émotionnels, cognitifs et comportementaux d’un épuisement professionnel sont déjà bien présents, souvent depuis un bon moment, l’arrêt de travail est alors nécessaire pour récupérer et faire le point sur sa situation. Ces symptômes éprouvés par l’individu ont généralement un impact sur sa vie de famille et bien sûr réduisent son efficacité au travail. La consultation médicale est requise, d’autant plus si le travailleur entretient des idées noires.

Poursuivant sur cette lancée, notre prochaine chronique proposera une démarche exploratoire des solutions concrètes à envisager en réponse à ces questionnements sur la perte de motivation au travail. D’ici là, il appartient à chacun de miser sur ses ressources personnelles (repos, humour, soutien social, relations affectives, loisirs, exercices, capacité d’ajuster ses attentes, etc.) afin de consolider ses facteurs de protection de manière à préserver sa santé ainsi qu’un certain équilibre au travail.

On se donne donc rendez-vous la semaine prochaine pour la suite!

Recommandations de lecture :

Lemire, François. La santé psychologique des employés : stress, absentéisme au travail et management. Montréal, Éd. Quebecor, Coll. Psychologie, 2012.

Millet-Bartoli, Françoise. La crise du milieu de la vie : une deuxième chance. Paris, Éd. Odile Jacob, 2002.

Sabas, Anne-Catherine. Triomphez de la souffrance au travail: Travaillez pour vivre et non pour survivre! Paris, Éd. Bussière, Coll. Psycho, 2012.

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Se tuer au travail : l’ultime tabou

Un groupe de collègues, d'amis et membres de la famille veille sur le défunt.

photo: ©2012 Simon Martel

Trente-cinq travailleurs de France Télécom se sont enlevé la vie, en 2008-2009, accablés par du harcèlement moral et institutionnel exercé par des gestionnaires tyranniques. En France également, les conditions de travail ont été mises en cause par le tribunal dans plusieurs suicides survenus chez des employés des grandes entreprises Renault, Peugeot et Sodexho, entre autres. Quant au Japon, il détenait en 2010 le triste record du plus grand nombre de suicides au monde liés au travail. Il existe d’ailleurs un terme japonais (karo-jisatsu) pour désigner spécifiquement le suicide provoqué par le surmenage au travail.

Malheureusement, l’Amérique du Nord n’est pas en reste. Le Bureau du coroner du Québec et les quelques statistiques québécoises disponibles révèlent que les taux de suicides chez les dentistes et chez les médecins omnipraticiens sont parmi les plus élevés au Québec. En outre, on rapporte un taux alarmant de suicides chez les policiers, les agriculteurs, les contrôleurs aériens et les enseignants.

Phénomène nouveau depuis quelques années, de plus en plus de suicides surviennent sur les lieux du travail, parfois même en pleine réunion professionnelle (comme ce fut le cas chez France Télécom). Le geste de se tuer au travail recèle une symbolique on ne peut plus éloquente pour désigner le site de la souffrance et la saturation du travailleur. L’auteur Paul Moreira (2009), à l’instar de plusieurs spécialistes, explique les suicides de ces employés et cadres performants par les conditions de travail insupportables auxquelles ils sont confrontés (nouvelles méthodes de travail, perte de repères découlant des restucturations, surcharge, pressions démesurées, redditions de comptes, management par la terreur, harcèlement, humiliations, etc.). Il faut ici rappeler que le suicide est le résultat d’un désespoir profond, d’une situation de souffrance intenable et perçue comme sans issue.

L’INRS1 (2011) confirme le lien entre les contraintes du travail et l’apparition d’une dépression dont l’aggravation peut mener au suicide. L’INRS note que certains suicides se produisent sur les lieux de travail en raison de la facilité d’accès aux moyens (ex. arme de service pour le policier, médicaments pour les travailleurs de la santé, etc.). Certains suicides surviennent plutôt alors que la personne est en arrêt de travail pour épuisement professionnel. La culpabilité, la difficulté d’accepter le burnout et l’intensité du sentiment d’échec peuvent expliquer ce geste fatal (rappelons-nous que le burnout affecte souvent les travailleurs les plus engagés). Par ailleurs, le passage à l’acte suicidaire peut survenir au moment où un retour au travail suite à une invalidité est précipité par l’employeur et/ou l’assureur. Des individus préfèrent mourir plutôt que d’être contraints de retourner dans des conditions d’emploi qui les tuent. Il s’agit souvent de secrets bien gardés, tout comme ces suicides non-déclarés camouflés en accidents.

À l’heure actuelle, les gouvernements du Japon et de la France reconnaissent comme accidents du travail les suicides et les tentatives de suicides qui résultent d’un excès d’heures supplémentaires ou des conditions de travail nuisibles. Des dédommagements financiers ont été accordés aux survivants et aux familles de plusieurs victimes. Au Québec, les réclamations à la C.S.S.T. à cet égard sont possibles, toutefois c’est la C.S.S.T. qui a le dernier mot pour établir la relation entre le travail et la lésion psychique voire le suicide, suite à l’analyse des preuves. Puisque les causes du suicide demeurent complexes, la tendance serait à pointer des causes individuelles dans plusieurs cas. Il faut dire que les familles n’ont pas toujours l’énergie physique et morale pour défendre le dossier d’un proche qui s’est suicidé, malgré une lettre de sa part incriminant ses conditions de travail ou des messages verbaux clairs qu’il avait exprimés sur les difficultés vécues au travail. Parfois, la preuve, circonstancielle, serait à établir en lien avec des déclencheurs récents (ex. entretien d’évaluation, conflits avec un supérieur, suppression du poste, etc.).

S’il est vrai que le suicide demeure un sujet tabou dans notre société, il l’est encore davantage quand il est relié au travail parce qu’il expose un malaise qui pourrait être répandu dans l’entreprise. On préfère penser que c’est plutôt le triste sort de quelques personnes vulnérables connues pour leurs fragilités. Or, les personnes les plus à risques sont pourtant des individus généralement très investis et appréciés, qui ont à cœur leur travail et qui n’attirent pas l’attention sur leurs difficultés. Ceux-là répondent au stress de façon introvertie, retournant contre eux-mêmes la violence d’une situation vécue comme intolérable.

Cette longue mise en contexte vise à démontrer que le stress chronique et l’épuisement professionnel doivent absolument être considérés avec sérieux en raison des conséquences graves qu’ils comportent. Dans un milieu de travail, tous sont solidairement responsables de soutenir un individu en détresse. À l’employeur, aux collègues, d’aborder la question directement face à un employé qui semble dépassé (penses-tu au suicide?) pour ensuite diriger cette personne de manière sensible et compatissante vers l’aide appropriée (lignes d’écoute, médecin, Programme d’Aide aux Employés, psychologue, etc.). En tous temps, les collègues de travail devraient pouvoir s’exprimer collectivement sur les contraintes et le stress qu’ils subissent afin de prévenir l’isolement et de se protéger psychologiquement. Quant au médecin oeuvrant pour l’employeur, en tant que témoin privilégié des impacts du stress au travail et des appels au secours que constituent les suicides et tentatives de suicides, il devrait sans tarder alerter la direction et questionner les conditions de travail tout autant que les possibilités de harcèlement au sein de l’entreprise.

Ce dernier paragraphe s’adresse aux travailleurs découragés, aux prises avec des idées suicidaires. Sachez que la dépression altère le jugement, occasionne un biais cognitif et rend les pensées négatives plus persistantes. Votre souffrance est bien réelle, mais votre regard sur la situation et sur vos ressources est sans doute faussé par la maladie. Une aide professionnelle s’impose pour y voir plus clair. Il est possible de sortir de l’impuissance une micro-décision à la fois (ex. fermer l’agenda, appeler un ami, sortir marcher, manger une bouchée, etc.). Il est impératif de ne pas rester seul et de trouver de l’écoute. En définitive, toute vie humaine vaut plus que le travail.

Ressource suggérée : Suicide-Action-Montréal (service d’intervention téléphonique gratuit et confidentiel, disponible 24h/jour)
Tél. : 514-723-4000 ou 1-866-277-3553

Recommandations de lecture :

  • Bilheran, Ariane. Le suicide en entreprise. Paris, Éd. du Palio, 2010.
  • Moreira, Paul et Prolongeau, Hubert. Travailler à en mourir : quand le monde de l’entreprise mène au suicide. Paris, Éd. Flammarion, 2009.


1 Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles.

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