En panne d’énergie au travail : que faire?

Le prof de musique et sa classe

photo: ©2012 Simon Martel

Vous arrive-t-il de ne plus savoir ce qui vous a attiré dans votre travail actuel? Vous arrive-t-il de penser que vous seriez peut-être plus heureux dans un autre type d’emploi? Êtes-vous de ceux qui rêvent systématiquement de la prochaine fin de semaine dès le lundi matin? Votre activité professionnelle est-elle devenue source de doutes et de tourments?

Récemment, via le Courrier du cœur à l’ouvrage, une éducatrice d’expérience nous confiait ses questionnements quant à son manque d’énergie au travail et sa baisse de motivation dans l’accomplissement de ses tâches. Ses propos ont rapidement trouvé écho chez plusieurs travailleurs de divers milieux qui, après quelques années à exercer leurs fonctions, en viennent aussi à ressentir de la fatigue et cette impression de tourner en rond. Certains font état d’un travail perçu comme monotone et insatisfaisant. La plupart cherchent à raviver la flamme à l’emploi sans toutefois savoir comment s’y prendre.

Certes, une certaine confusion s’installe chez le travailleur qui constate que le cœur n’y est plus. Le pas, autrefois alerte vers le boulot, s’alourdit peu à peu. Le travail qui suscitait de la passion devient source d’ennui. Les vacances ne suffisent plus au ressourcement et des questions fondamentales refont surface. Les contextes d’emplois stressants et la pression exercée sur les employés sont des conditions qui mènent également à des remises en question, d’autant plus si ces facteurs se juxtaposent à la perte des repères de la quarantaine.

C’est généralement vers cet âge que l’individu se sent mûr pour reconsidérer ses objectifs, dans ce que certains appellent la crise du milieu de la vie. En effet, l’individu qui se sent vieillir et qui a soudainement une conscience aiguë du temps qui passe réévaluera ses choix et ses priorités. Rappelons que la majorité des changements majeurs de carrière s’effectuent d’ailleurs dans la quarantaine. C’est l’heure des questions et bilans en toute lucidité : Suis-je sur le bon chemin? Ai-je atteint mes buts? Ai-je pu construire quelque chose qui correspond à mes rêves? Quelles sont les valeurs auxquelles je crois? Quel est le sens de mon travail?

Ces questionnements, au début passagers puis envahissants, correspondent certainement à une crise intérieure à prendre en considération. En effet, négliger de reconnaître cette souffrance palpable ne peut que retarder le moment où la crise ressurgira de plus belle, sous la forme d’un ultimatum. « Ouvrir les yeux, parfois, demande du courage, écrit Anne-Catherine Sabas (2012), parce que cela va nous contraindre à mesurer l’écart entre nos rêves et notre réalité ».

Les interrogations sur la motivation à l’emploi et le sens qu’on y donne ne sont pas toujours des symptômes annonciateurs d’un épuisement et ne conduisent pas forcément à l’épuisement (à condition de les traiter avec tout le sérieux qu’elles méritent). Prendre conscience de ces pensées récurrentes et de l’inconfort bien réel face à un emploi qui ne semble plus répondre à nos besoins peut en effet permettre d’utiliser positivement ces indicateurs dans le contexte de notre cheminement professionnel.

Par contre, les sentiments d’insatisfaction au travail et d’inutilité pourraient aussi constituer la toile de fond d’un burnout qui s’installe lentement et insidieusement. Il faut savoir que la désillusion est elle-même très présente dans la seconde étape du processus de burnout, tel que décrit par Edelwich et Brodsky (1980), lequel comporte les quatre étapes suivantes :

  1. L’enthousiasme (ambition, idéalisme)
  2. La stagnation (désillusion, plafonnement)
  3. La frustration (fatigue, cynisme)
  4. L’apathie (frustration chronique, découragement).

Aux travailleurs préoccupés par leurs états d’âme au travail, nous recommandons d’évaluer tout d’abord l’intensité du malaise ressenti.

Est-ce un questionnement récent, une impression vague et passagère de mal-être? Y a-t-il encore des journées de travail satisfaisantes où le dynamisme est présent? La perte d’intérêt est-elle ponctuelle, situationnelle? Dans ce cas, un changement de regard sur les événements et quelques ajustements avec l’accord de l’employeur pourraient suffire.

Par contre, comme le rapportent Lemire (2012) et plusieurs autres auteurs sur le sujet, les premières manifestations de symptômes physiques (insomnie, douleurs musculaires, migraines, etc.) et psychiques (sentiment d’impuissance, anxiété, irritabilité, etc.) constituent un avertissement clair d’un épuisement professionnel imminent. Le travailleur devra sans tarder modifier certaines habitudes, adopter des mesures afin de mieux prendre soin de soi, consulter au besoin un professionnel pour améliorer sa gestion du stress et surtout négocier avec son supérieur une diminution temporaire de sa charge de travail, en prévention d’une aggravation de son état.

Enfin, quand les symptômes physiques, émotionnels, cognitifs et comportementaux d’un épuisement professionnel sont déjà bien présents, souvent depuis un bon moment, l’arrêt de travail est alors nécessaire pour récupérer et faire le point sur sa situation. Ces symptômes éprouvés par l’individu ont généralement un impact sur sa vie de famille et bien sûr réduisent son efficacité au travail. La consultation médicale est requise, d’autant plus si le travailleur entretient des idées noires.

Poursuivant sur cette lancée, notre prochaine chronique proposera une démarche exploratoire des solutions concrètes à envisager en réponse à ces questionnements sur la perte de motivation au travail. D’ici là, il appartient à chacun de miser sur ses ressources personnelles (repos, humour, soutien social, relations affectives, loisirs, exercices, capacité d’ajuster ses attentes, etc.) afin de consolider ses facteurs de protection de manière à préserver sa santé ainsi qu’un certain équilibre au travail.

On se donne donc rendez-vous la semaine prochaine pour la suite!

Recommandations de lecture :

Lemire, François. La santé psychologique des employés : stress, absentéisme au travail et management. Montréal, Éd. Quebecor, Coll. Psychologie, 2012.

Millet-Bartoli, Françoise. La crise du milieu de la vie : une deuxième chance. Paris, Éd. Odile Jacob, 2002.

Sabas, Anne-Catherine. Triomphez de la souffrance au travail: Travaillez pour vivre et non pour survivre! Paris, Éd. Bussière, Coll. Psycho, 2012.

© 2012 tous droits réservés Nicole Blanchard


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Une réponse à En panne d’énergie au travail : que faire?

  1. Diane dit :

    J’ai lu ta chronique avec beaucoup d’intérêt. Autour de moi, j’entends beaucoup de négatifs au travail, ce n’est pas le meilleur milieu. J’ai choisi, pour être bien, de me centrer sur la clientèle. C’est chaque petite minute que je prends pour écouter, pour recevoir, pour les faire se sentir importants, qui compte pour moi.

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