Rire pour mieux travailler

Un clown anime une pause au travail.

photo: ©2013 Simon Martel

De retour d’une intervention de crise, des coéquipiers caricaturent en rigolant les acteurs de la situation puis échangent des réflexions cocasses. Ailleurs, des travailleurs sur une chaîne de production, effectuant des tâches monotones et répétitives, s’adressent des taquineries amicales. Des employés d’un service à la clientèle, contraints au sang-froid et à la courtoisie en toutes circonstances, se retrouvent à la pause et c’est le délire! Les plaisanteries se succèdent et les rires fusent dans la salle du personnel!

En fait, ce n’est pas une blague, le rire a une valeur thérapeutique et ces employés ont trouvé un moyen naturel de se protéger des impacts d’émotions négatives vécues au travail. Non seulement, l’humain travaille mieux dans la bonne humeur, mais le rire a des vertus à prendre sérieusement en considération. Le rire au quotidien dans la vie professionnelle améliore la productivité, contribue à réduire le stress ainsi que les absences pour cause de maladie.

Parmi les bienfaits démontrés du rire sur la santé, citons (pour le bénéfice du docteur en vous) la relaxation musculaire, l’amélioration de la digestion, la régulation de l’activité cardiaque, la stimulation de la circulation sanguine, la diminution de la tension artérielle, l’accroissement des défenses immunitaires, l’amélioration du sommeil et la sécrétion d’endorphines (aux effets calmants). Freud associait le rire au fait de sortir de soi ce que l’on retient malgré soi. Le rire permet donc de libérer l’esprit de ses préoccupations, de dédramatiser les erreurs et frustrations, de désamorcer une crise, de détendre l’atmosphère. Il permet de se centrer instantanément sur le présent et de prendre une distance salutaire avec les événements.

Bien sûr, au sein d’une équipe de travail, le rire permet de s’amuser, de se divertir et de créer un lien social en favorisant les rapprochements chaleureux. Le rire est communicatif; c’est une manière universelle d’être ensemble et de prendre du bon temps. Pour le travailleur, le rire constitue le premier secours à sa portée pour contrer l’excès de stress découlant d’un travail exigeant.

Pour l’entreprise, le rire est un investissement gagnant puisqu’il accroît l’efficacité des employés. Selon Dominique Chalvin (2011), 10 à 15 minutes de rire par jour suffisent à produire un effet relaxant pouvant durer jusqu’à 45 minutes après la séance de rire. Aussi bien dire que quelques pauses égayées d’histoires amusantes pourraient suffire à maintenir des conditions favorables à une concentration optimale. L’humour et le rire oxygènent le cerveau, ce qui rend le travailleur plus alerte et performant au niveau des fonctions exécutives supérieures (mémoire, réflexion, planification, analyse, prise de décision, créativité et langage). En outre, le rire permet de concevoir le monde autrement et donne accès à de nouvelles associations d’idées.

Selon Carole Miville (2008), il est avantageux de débuter une réunion par une période de blagues qui ont pour effet de faire tomber les tensions, rendre par la suite les débats plus concis et ainsi réduire la durée de la rencontre. On sait aussi que le rire crée une ouverture en captant l’attention, ce qui permet aux personnes de mieux livrer leurs messages.

Malgré tous ces arguments convaincants, le rire est souvent mal perçu par bon nombre de dirigeants (pas drôles!) qui l’interprètent comme un manque de rigueur et de professionnalisme au travail. Pour certains patrons et employés rabat-joie, le rire est tout simplement improductif, futile, puéril voire impoli et déplacé. Olivier Mongin (2007) souligne que « le rire produit un déchaînement d’ordre collectif qui peut devenir menaçant ». En fait, certains dirigeants peuvent craindre de perdre leur autorité devant la puissance du rire et sa nature incontrôlable. Ils redoutent les dérives car le rire a la fâcheuse tendance à se propager par un mimétisme contagieux.

Pourtant, quand on comprend la force positive du rire dans l’économie, il y a plutôt lieu de s’inquiéter des milieux de travail où l’on ne rit pas. S’appliquer à la tâche dans un climat réservé, sévère, rigide, austère ou morose ne permet pas de donner le meilleur de soi-même. Par ailleurs, les travailleurs blasés ou épuisés versent plutôt dans le cynisme, le sarcasme et l’ironie pour survivre, ce qui est révélateur de tensions palpables.

Il n’est pas nécessaire pour autant d’instaurer un programme officiel de rire en entreprise en faisant appel pour des formations sporadiques à des consultants onéreux qui ont trouvé un nouveau marché lucratif (coachs du rire, rigologie, rigolothérapie, club de rire international, conseillers en humour, etc.). Le rire le plus efficace résulte de l’imprévu, de la confiance et de la complicité entre collègues. Il y a dans le rire de la liberté, de la naïveté, une saine insouciance à encourager. Par ailleurs, la capacité d’auto-dérision dans une équipe de travail traduit à la fois une humilité et une maturité de groupe dont les supérieurs devraient se réjouir.

Vous l’aurez compris, l’employeur a tout intérêt à rechercher le sens de l’humour chez un candidat lors de l’embauche puisqu’il s’agit indéniablement d’une force utile à l’adaptation et à la solidarité au sein de l’équipe de travail. De plus, les personnes capables de mots d’esprit et d’échanges dans un registre comique possèdent généralement des qualités complémentaires très profitables pour l’entreprise (créativité, vivacité, culture, lucidité, etc.). Enfin, l’aménagement par l’employeur d’espaces de détente confortables pour les employés représente une mesure de prévention simple et économique, pour la bonne santé mentale des troupes, en favorisant la proximité, les discussions spontanées, le partage d’expériences communes dans la légèreté. En définitive, la propension aux sourires et au rire se développe dans un environnement de travail sain en même temps qu’elle y contribue. Et si l’hilarité était un signe de santé de l’entreprise?

Recommandations de lecture :

  • Miville, Carole. Rire et grandir en dix étapes. Montréal : Éditions Québécor, Coll. Psychologie, 2008.
  • Vinit, Florence. Docteur Clown à l’hôpital/Une prescription d’humour et de tendresse. Montréal : Éditions du CHU Sainte-Justine, 2010.

© 2013 tous droits réservés Nicole Blanchard


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3 réponses à Rire pour mieux travailler

  1. Patricia dit :

    Hi! Hi! Hi! Quel bel article! Tel que mentionné ci-haut, je reconnais mon ancien milieu de travail où l’on voyait très mal le rire et la bonne humeur chez les employés. Mais il y avait une rebelle qui mettait de l’humour (parfois ironique) pour améliorer l’atmosphère lourde et pour mieux gèrer le stress. Heureuse de voir que les employés souriants ont des forces d’adaptation, de créativité et de solidarité. Merci, ça me touche de réaliser ce beau côté de ma personnalité qui est agréablement utile au travail. : )

  2. Isabelle dit :

    Je suis totalement d’accord avec toi Nicole! Vive le rire; et le pire (le meilleur, quoi), c’est que c’est simple, c’est à notre portée, ça débute par une mini phrase, un mini mot-clef rigolo, et c’est parti mon Kiki…:):):)…il ne s’agit que d’y penser, que de prendre le temps; et d’avoir quelques complices au boulot…hahahahahaha… J’espère Nicole, que tu es personnellement entourée de quelques personnes rigolotes!

    Quelques minutes par jour suffisent…:)…pour détendre tout notre être.

    Bravo Nicole pour cet article simple, et toutefois si grandiose, si magnifique…

    Je te souhaite des rires tous les jours…

  3. Jocelyne dit :

    Wow! Bel article Nicole! Le rire au travail, c’est quelque chose de précieux…Travailler avec des gens qui ont le sens de l’humour et de l’esprit, ça fait partie des choses qui me donnent le goût d’aller travailler.

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