Travailleurs en burnout : itinérants de l’âme

Au Groupe Conseil Saint-Denis, sur la rue Beaubien, à Montréal, un groupe de support est destiné aux travailleurs en épuisement professionnel désirant faire le point sur leur parcours et retrouver leur place sur le marché du travail. C’est, à mon avis, une ressource rare et précieuse qui oppose aux règles de l’individualité la possibilité pour les personnes de sortir de l’isolement face à la maladie mentale et de se soutenir collectivement. Pour la quatrième fois cette année, j’y ai présenté un atelier-témoignage sur l’expérience du burnout et l’analyse que j’en fais aujourd’hui à la lumière de mes recherches.

Une infirmière de pédiatrie et sa clientèle

photo: ©2012 Simon Martel

Tout en exprimant ma solidarité envers ces adultes en quête d’un sens à leur vie professionnelle, je souhaite en fait, à travers mon discours, apporter espoir, inspiration et pistes de réflexion aux participants du groupe.

Je suis chaque fois touchée, interpellée par la force de ce rassemblement. Autour de la table, je côtoie des travailleurs de tous âges, des cadres aussi, de divers domaines (communications, enseignement, services sociaux, marketing, etc.). Des mois et des mois d’arrêt de travail, des carrières remises en question, des potentiels bousillés, des conflits de valeurs avec l’organisation, des récits de harcèlement, trop souvent. En quelques phrases, ces professionnels brisés résument comment la passion du travail est devenue pour eux angoisse invalidante.

Chacun a son histoire personnelle de souffrance au travail, dont il porte la honte, la culpabilité, les cicatrices, les séquelles. Chacun se sent seul sur son île dans un monde de productivité, itinérant de l’âme ayant perdu ses repères, dans une démarche de transition encore incertaine. Mais c’est pourtant toujours la même histoire qui se répète. Celle d’un travailleur engagé, apprécié, qui aimait véritablement son travail, qui s’est dévoué, s’est désillusionné et s’est brûlé. Celle de quelqu’un qui craque sous la pression des urgences, de la culture de la performance et de la politique inhumaine du chiffre. On a vite fait de découvrir que cette souffrance individuelle relève en fait d’un problème collectif nécessitant des solutions collectives. On réalise que la reconnaissance de cet enjeu majeur de santé publique est indispensable pour permettre aux malades du burnout de retrouver confiance et dignité.

Souffre-t-on parce qu’on dysfonctionne ou la personne dysfonctionne-t-elle justement parce qu’elle souffre des misères de sa société et de ses instances? C’est la question que pose Marcelo Otero, professeur en sociologie et auteur. À tout le moins, il vaut la peine de s’interroger sur les causes nombreuses de l’épidémie de burnout au pays de même que sur l’accueil par notre société de cette réalité devenue presque banale, de cette souffrance vécue individuellement et des désordres qui en découlent.

Recommandations :

Otero, Marcelo. L’Ombre portée/L’individualité à l’épreuve de la dépression, Éd. Boréal, Québec, 2012.

Groupe Conseil St-Denis: http://www.gcsd.qc.ca/

© 2012 tous droits réservés Nicole Blanchard


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4 réponses à Travailleurs en burnout : itinérants de l’âme

  1. Isabelle dit :

    J’ai fait mon dernier stage de médecine à Fermont et je peux dire que c’est épouvantable la quantité d’anti-dépresseurs qui sont vendus là-bas! La moitié de nos journées consistait à renouveler ou à prescrire ces pilules. Il y a au moins le 3/4 des employés de la mine, ArcelorMittal, qui sont sous ordonnance et qui doivent prendre des somnifères. C’est vraiment troublant, je ne comprends pas comment des employés peuvent vivre de cette manière. En tous cas, c’est leur choix, pas le mien.

  2. Pascale dit :

    Je voulais te remercier pour la conférence…C’était une très bonne conférence, animée et personnalisée, c’est tellement sympathique la façon dont tu apportes ton message. Bonne chance avec tout ton travail. J’ai confiance que tu sauras faire une différence pour beaucoup de gens autour.

  3. Andréane dit :

    J’aime vraiment ton approche :)

  4. Félix, éducateur spécialisé dit :

    Tout comme notre belle planète Terre, l’être humain craque à force de vouloir pousser la productivité au-delà de ses limites. Combattons l’orgueil, acceptons nos limites, pour notre bien-être et celui de notre collectivité!

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